Dernière mise à jour le samedi 15 avril 2017
 

Charles William Beebe



Par A. Hennache  (12 - 2012)

Biographie

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    (Charles)  William Beebe est né à New York le 29 juillet 1877. Il se passionne très tôt pour les Sciences Naturelles. En 1891, il rentre au lycée de East Orange et commence à collecter et collectionner des animaux, activité qui devient plus tard une vraie passion. En 1896, il est accepté à l'Université Columbia de New York où il étudie  sous la direction de Henry Fairfield Osborn, qui reste l'un de ses plus proches amis jusqu'à sa mort en 1935. Il fréquente aussi le Muséum d'Histoire Naturelle où la plupart des chercheurs sont aussi professeurs de l'Université de Columbia. C'est à cette époque qu'il effectue ses premiers voyages d'étude, en Nouvelle-Ecosse, afin de collecter des animaux ; il développe alors une autre passion, la photographie, et en profite pour se familiariser avec le dragage des fonds marins qui lui permet d'étudier la faune des eaux profondes. En 1897, il devient membre associé de l'American Ornithologist' Union.
    En 1899, Osborn l'invite à travailler pour le Zoo de New York, récemment ouvert, comme conservateur adjoint en ornithologie. Son travail principal consiste à élever des oiseaux ; il conçoit alors la plus vaste volière jamais construite, dont les dimensions étaient celles d'un petit terrain de football. En 1901, Beebe retourne en Nouvelle-Ecosse, pour le compte du zoo cette fois, afin de collecter des animaux marins. Il est promu conservateur des oiseaux en 1902, année où il épouse Mary Blair, qui l'accompagne dans la plupart de ses expéditions dont les premières en 1903 dans le sud de la Floride, dans le Golfe du Mexique et au Mexique. C'est à cette époque qu'il prend réellement conscience de la nécessité de préservation de la nature. Il décide alors de ne plus tuer d'animaux sans raison scientifique valable et donne sa collection personnelle de 990 spécimens, collectés dans les années précédentes, au Zoo de New York à fin pédagogique. Il est nommé membre de l'Académie des Sciences de New York en 1906. Beebe publie déjà de nombreux articles scientifiques dont beaucoup dans le journal Zoologica fondé par Osborn. Il est aussi un ami proche du président Théodore Roosevelt qui lui fournit un support de poids pour ses études scientifiques.
    En 1908, la Société Zoologique de New York le nomme chercheur associé ce qui lui permet de mener des expéditions deux mois par an. Il part ainsi pour le Venezuela et Trinidad en février 1908, pour étudier oiseaux et insectes, et rapporte 40 oiseaux vivants pour le zoo de New York, puis pour la Guyane Britannique en 1909, à la recherche de l'hoatzin dont il décrit le comportement de façon très détaillée ; il en revient avec 280 oiseaux vivants. Fin 1909, Anthony Kuser, un richissime philanthrope, propose à Beebe de faire un long voyage autour du monde pour observer les faisans. Après accord du zoo de New York, Beebe part avec sa femme et Robert Horsfall, illustrateur, pour un voyage de 17 mois qui le mène autour du monde. Cette expédition est un succès ; il ramène de nombreuses peaux, des photos et d'innombrables notes qui lui servent à écrire  A monograph of the Pheasants et Pheasants : their lives and homes.
    En 1913 et 1914, Beebe subit une grave dépression suite à son divorce puis part en expédition, en 1915, au Brésil. C'est là qu'il se met à étudier les écosystèmes tropicaux. Il repart en Guyane Britannique l'année suivante, fonde une station de recherche à Kalacoon dans le nord du pays, au bord du fleuve Mazaruni, dans l'intention d'y reprendre ses études sur les écosystèmes tropicaux. Il collecte 300 spécimens vivants pour le zoo de New York dont le fameux hoatzin. Cette station est abandonnée en 1917, la forêt ayant été complétement rasée pour faire place à des plantations d'hévéas. 
  Après un très bref service dans les forces armées américaines, notamment pour prendre des photos aériennes, Beebe est nommé directeur du département de recherches tropicales de la Société Zoologique de New York, en 1918. Il se consacre alors uniquement à la recherche.
    En 1919, grâce à l'aide d'Osborn, il reconstruit une nouvelle station de recherche en Guyane à Kartabo. Puis, en 1923, le milliardaire américain Harrison Williams finance une expédition aux Galapagos.  Beebe y observe la diversité de la faune, découvre une nouvelle baie qu'il nomme Baie de Darwin et, durant le voyage en bateau, continue à observer le milieu marin. Il effectue un deuxième voyage aux Galapagos en 1925 à bord d'un plus grand bateau comprenant laboratoire et chambre noire. C'est au cours du voyage aller qu'il observe pour la première fois le phénomène de courants marins El Niño. Cette deuxième expédition est plus axée sur la faune marine qu'il étudie avec des scaphandres. Son observation de la faune marine se poursuit à Haïti et Porto Rico en 1927, où il met au point de nouvelles techniques de plongée.
  Après son remariage avec la romancière Elswyth Thane, en 1927, Beebe explore les Bermudes où il fonde une station de recherche marine à Nonsuch Island. Il rencontre alors un ingénieur, Otis Barton, avec qui il met au point le premier bathyscaphe, qu'il nomme Bathysphère, lui permettant d'explorer les fonds marins, ce qu'il fait jusque 1934. Il mène ensuite une série d'expéditions dans les Caraïbes, dans le nord de la Californie, en Colombie. En 1940, il doit abandonner sa base de Nonsuch Island en raison des hostilités. Après cette perte et celle de la station de Karabo, victime elle aussi de la déforestation, il cherche un nouvel endroit où bâtir une station et se fixe au Venezuela, à Rancho Grande, dans le Parc National Henri Pittier, où il effectue des observations comportementales concernant, notamment, la parade chez les oiseaux et les migrations des oiseaux et des insectes. Mais les troubles politiques au Venezuela forcent Beebe à abandonner Rancho Grande en 1948.
    En 1949, Beebe achète une maison à Verdant Vale, Trinidad, et crée une station de recherche qu'il nomme Simla. Ses recherches sont alors surtout centrées sur le comportement des insectes, bien qu'il ne néglige pas celui des oiseaux ou la taxonomie.  Simla devient alors un lieu de rendez-vous pour les chercheurs du monde entier. Il mène sa dernière grande expédition en 1955, dans l'intention de refaire son tour du monde de 1910 et de voir comment les populations de faisans ont évolué face à l'invasion anthropique. Son assistante, Jocelyn Crane, l'accompagne et étudie parallèlement les crabes violonistes.
  Beebe demeure très actif jusqu'à la fin, bien que souffrant du syndrome de Sjögren qui entraîne des difficultés d'élocution. Il décède à Simla le 4 juin 1962 des suites d'une pneumonie.

Le scientifique

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    William Beebe est presque devenu un personnage légendaire tant ses travaux scientifiques sont variés et novateurs. C'était un naturaliste complet s'intéressant à tout, oiseaux, insectes, animaux ou courants marins et même à la vulcanologie. Il est à l'origine de l'écologie et de l'océanographie. Ses méthodes de travail sont aussi novatrices, notamment celle qui consiste à étudier tous les organismes vivants sur une surface déterminée et à comprendre les rapports qui existent entre eux et avec le milieu (méthode des quadrats).
    Il fut l'un des premiers à comprendre l'importance de la conservation et a su sensibiliser un large public au problème de la conservation des espèces grâce à de nombreux articles de vulgarisation qui montraient clairement les dangers de la destruction des habitats et de la Nature de façon plus générale. Il a eu une grande influence sur d'autres chercheurs, tel Rachel Carson, auteur de  Silent Spring, qui elle-même influença Jean Dorst dans l'ouvrage Avant que Nature meure.
  Beebe était aussi un ornithologiste de renom s'attachant autant à la systématique qu'au comportement des oiseaux ou à leurs relations avec leur habitat. Sa monographie des faisans a été parfois qualifiée d'ouvrage majeur du XXe siècle : ses descriptions des paysages, des habitats, du comportement des oiseaux sont extrêmement précises et remplacent presque les films vidéo du XXIe siècle. Cet ouvrage a longtemps été l'ouvrage de référence pour tout chercheur s'intéressant aux faisans, jusqu'à la publication de  Tous les faisans du monde par Jean Delacour qui pose, lui, les bases de la taxonomie moderne des faisans.
    Beebe est l'auteur de plus de 800 articles scientifiques et de vulgarisation, dont le premier écrit alors qu'il était encore au lycée, et de 21 livres. Il a décrit 87 espèces de poissons. Chez les faisans, il est l'auteur de deux nouvelles sous-espèces d'ithagine: Ithaginis cruentus affinis et Ithaginis cruentus kuseri nommée ainsi en l'honneur de son sponsor Anthony Kuser.

Principaux ouvrages de William Beebe

(hors océanographie)


The bird, its form and function, 1906
The log of the sun, 1906
Our search for a wilderness, 1910
Tropical Wild Life, 1917
Jungle Peace, 1918
Edge of the Jungle, 1921
A Monograph of the Pheasants, 4 vol., 1918 à 1922
Galapagos: world's end, 1924
Jungle days, 1925
Pheasants, their lives and homes, 1926
Pheasants Jungles, 1932

L'expédition à l'origine de la monographie des faisans de Beebe

Cette expédition a été suggérée et subventionnée par un milliardaire américain, Anthony Kuser.


    Beebe l'organise et part avec sa femme, Mary Blair, et un collègue chargé des illustrations des ouvrages qui découleront de cette expédition, Robert Horsfall. Leur première étape est Londres, où ils rassemblent le matériel nécessaire à ce long voyage. De là ils gagnent l'Egypte puis l'Océan Indien par le canal de Suez et Ceylan, première étape de leur voyage d'étude.
    Calcutta, deuxième étape, leur sert de première base pour étudier les espèces de faisans de l'est de l'Himalaya. Là, une première dispute éclate entre Horsfall et Beebe, le premier refusant de continuer vers l'ouest. Beebe l'abandonne donc à Jorepokhri et continue, avec sa femme, l'exploration de l'est de l'Himalaya. Ultérieurement Horsfall rejoint le couple à Calcutta avant le grand départ pour l'Indonésie.
    Beebe établit sa base suivante à Singapour, puis gagne Sarawak, sur l'île de Bornéo. Là, nouvelle dispute avec Horsfall qui quitte alors définitivement l'expédition. Le couple gagne Jakarta, à Java, puis Madura, l'île de Belitung et enfin Sumatra.
    Leur prochaine étape est la Malaisie, puis la Birmanie où ils arrivent à Rangoon. Le couple monte ensuite dans le nord, à Myitkyina, où Beebe est victime d'une dépression. Beebe avait ensuite prévu de se rendre en Chine mais une épidémie de peste bubonique l'oblige à se réfugier au Japon où il attend la fin de l'épidémie pour étudier les faisans chinois.
    Après 17 mois de voyage, le couple regagne San Francisco puis New York. Cette expédition a laissé de lourdes traces et un état dépressif chez Beebe. Les relations du couple ont dû parfois être difficiles car Mary Blair demande le divorce quelques mois après leur retour.
    L'intérêt scientifique de cette expédition est immense. Les comportements de certaines espèces, comme les lophophores de Sclater, ont été observés pour la première fois par un scientifique. William Beebe élabore aussi la première théorie de la sélection sexuelle basée sur les dimorphismes sexuels qu'il a notés et étudiés. Il a aussi proposé un nouveau modèle d'évolution chez les phasianidés qui, combiné à ses observations antérieures, notamment aux Galapagos, lui fait émettre l'hypothèse que les oiseaux descendraient d'un reptile emplumé sur ses quatre membres, le Tétrapteryx. Cette théorie très critiquée à cette époque a aujourd'hui été validée par la découverte en 2003 de Microraptor gui, un petit dinosaure emplumé sur ses quatre membres.



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