Dernière mise à jour le jeudi 9 novembre 2017
 

Jean Théodore Delacour

 

    "Tout enfant, j'étais intrigué par la légende du Jardin de l'Eden, le paradis terrestre où l'homme, les animaux et les plantes vivaient en parfaite harmonie, sous l'œil de Dieu. J'ai toujours rêvé de le reconstituer. C'était un songe improbable, mais il a inspiré mes premiers efforts. Curieusement, j'ai réussi plusieurs fois à m'entourer des plus belles choses, produites par la nature ou par l'art des hommes. J'ai désespérément souffert de les perdre, mais je ne me suis jamais découragé. J'ai reconstruit sans cesse un paradis terrestre."

Delacour  (Living Air, 1966)


Par A. Hennache  (11 - 2012)

Biographie

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    Issu d'une riche famille d'industriels, Jean Théodore Delacour, né en 1890, a développé, dès son plus jeune âge, un intérêt immodéré pour la nature. Sa famille possédait plusieurs propriétés dont celle de Villers-Bretonneux, au sud d'Amiens. C'est là que, tout enfant, il s'intéressait déjà aux plantes et aux animaux, créant ses premières serres.
    Villers n'était qu'une résidence d'été mais Paris, résidence d'hiver, lui permettait aussi de satisfaire sa passion, dans le jardin de plus d'un hectare de sa grand mère, à Neuilly, au jardin d'acclimatation, au parc Monceau ou au bord du lac du Bois de Boulogne. Il fréquentait également les boutiques des marchands d'oiseaux, sur les quais de la Seine, entre le Louvre et l'Hôtel de Ville.
En 1900, il entre au collège de la rue de Madrid, tenu par des Jésuites. Après l'obtention de son baccalauréat, en 1908, Jean Delacour entreprend des études de botanique à l'Université de Lille. En même temps, il développe un goût certain pour les voyages et fréquente les milieux scientifiques et des arts, aussi bien en Europe continentale qu'Outre-Manche.
Bien qu'effectuant son service militaire à Lille, entre 1911 et 1913, Jean Delacour a continué à se rendre à Villers le Bretonneux en y apportant des améliorations constantes et en y réunissant l'une des plus importantes collections animales de l'époque. A sa sortie de service militaire, il a entamé des études de zoologie à la Sorbonne et fréquenté assidûment le Muséum National d'Histoire Naturelle, dont il est devenu, plus tard, chercheur associé et correspondant.
    La première guerre mondiale vint interrompre ses rêves. Le domaine familial est complètement rasé lors des offensives menées au printemps 1918. Après la ruine de Villers, Jean Delacour songe à s'installer ailleurs. Il achète le domaine de Clères durant l'été 1919. En un an, il remet la propriété en état. Avray Tipping, un architecte paysager anglais, dessine de nouveaux jardins et agence le parc pour recevoir oiseaux et mammifères. Les collections zoologiques et botaniques y atteignent un haut niveau. Les animaux évoluent en liberté dans un cadre végétal somptueux.  La collection d'oiseaux était très  importante puisqu'elle a regroupé jusque 3000 spécimens répartis en 500 espèces. En même temps Jean Delacour s'entoure d'amis et de personnalités politiques, artistiques, qu'il visite ou qu'il reçoit à Clères qui devient un centre d'attraction, non seulement pour les naturalistes, mais aussi pour les amateurs de la nature et des arts.
    Cette période d'entre deux guerres a constitué l'une des plus intenses périodes d'activité scientifique pour Jean Delacour qui voyagea beaucoup, dirigea des expéditions scientifiques dans des contrées fort éloignées, dont les plus célèbres concerneront l'ex-Indochine française, d'où il a ramené des milliers de spécimens, dont certains nouveaux pour la science. Elles ont donné lieu à la publication de dizaines d'articles et de livres, scientifiques. A la même époque, il était également correspondant des plus importants musées d'histoire naturelle du monde (Paris, Londres, New York, Chicago, etc) et s'est lié avec des scientifiques prestigieux comme le Dr Alessandro Ghigi, Sir Peter Scott, Lord Rothschild, William Sclater, Konrad Lorenz, William Beebe. Il était aussi membre ou administrateur de la plupart des grandes sociétés scientifiques européennes dont la Ligue Protectrice des Oiseaux, qu'il a créée en 1910 avec le prince Paul Murat, la Société Zoologique de Londres et la Société Zoologique du Bronx.  Déjà conscient de la disparition des espèces animales, il créa, avec des collègues américains, le Conseil International pour la préservation des Oiseaux (ICBP) qui est devenu aujourd'hui " Birdlife International ", la branche de l'UICN chargée de la conservation des oiseaux. Il participa à l'organisation de grandes manifestations internationales, l'exposition coloniale en 1931, l'exposition universelle en 1937, le IXème congrès Ornithologique International, à Rouen, en 1938, ou à la création de grands parcs zoologiques, Zoos de Vincennes et de Rome.
    Le parc de Clères était à son apogée quand les bombardements de 1940 détruisirent une grande partie du parc, des bâtiments, des installations et de la collection animale. Delacour gagna alors les Etats Unis, à New York où il a été recruté comme conseiller technique de la Société Zoologique. Il a, en même temps, travaillé à l'American Museum d'Histoire Naturelle, en qualité d'Associé de Recherches, collaboré au Service des Pêches et Chasses du Ministère de l'Intérieur, à Washington, et participé à la rénovation du Zoo du Bronx. Il a aussi repris ses travaux scientifiques, préparant notamment de nombreux ouvrages, et participé activement à la vie artistique américaine.
    Dès 1945, Jean Delacour a reconstruit le parc de Clères qui fut officiellement réouvert en mai 1947. De 1947 à 1984, Jean Delacour revint chaque année passer quelques semaines ou quelques mois d'été à Clères, alternant ainsi séjours aux USA et séjours en Europe.
    A l'automne 1951, il devint directeur du Département d'Histoire, Science et Art du Comté de Los Angeles. A son départ en retraite, le  1e octobre 1960, Jean Delacour décida de partager son temps entre Clères, l'American Museum à New York, et son club (Le California Club) à Los Angeles, où il possédait une chambre. Il a continué à voyager à travers le monde et participé à la création de nouveaux parcs zoologiques ou centres de conservation, dont le célèbre Wildfowl Trust à Slimbridge, avec son ami Peter Scott. Il est également à l'origine de la création de la World Pheasant Association en 1975.
    Jean Delacour est décédé le 5 novembre 1985, à l'âge de 95 ans, à Los Angeles où il est enterré auprès de sa mère, au cimetière Holly Cross.

Jean Delacour, un scientifique méconnu du grand public


    Pour les ornithologistes du milieu du XXème siècle, Jean Delacour représentait un mythe, un scientifique universellement reconnu. Pourquoi ?
    Cela tenait à plusieurs choses. Tout d'abord au fait qu'il était aussi bon taxonomiste qu'éthologue, qualités auxquelles s'ajoutait, chose rare, un sens inné de l'élevage et de la reproduction des oiseaux en captivité. Son incomparable sens de l'observation et sa rigueur scientifique était aussi doublés d'une intuition hors du commun. Travailleur infatigable, Jean Delacour est à l'origine de dizaines d'ouvrages qui font encore autorité aujourd'hui et que les méthodes modernes de biologie moléculaire n'ont que très rarement mis en défaut. On lui doit aussi des innovations majeures en ce qui concerne l'élevage des oiseaux en captivité, notamment les serres-volières, véritables reconstitutions d'écosystèmes qui, pour la première fois, sortaient les oiseaux de leurs traditionnelles cages pour les réintégrer dans un milieu naturel. Elles lui ont permis de réaliser nombre de " premières " en élevage.

    Sa carrière scientifique se divise en deux périodes majeures.
    De 1923 à 1939 il a dirigé sept expéditions de collectes et d'informations en Indochine Française, explorant l'Annam, le Tonkin, la Cochinchine, le Laos, le Cambodge et ramenant des milliers de spécimens, oiseaux mais aussi mammifères, plantes… qui ont gagné les muséums de Paris, Londres, New york, Chicago. Ces expéditions ont permis de décrire, rien que pour les oiseaux, près de 170 espèces et sous-espèces nouvelles pour la Science. Pour lui, elles ont souvent aussi été l'occasion de côtoyer et d'observer les populations qu'il croisait, hauts dignitaires ou simples paysans, et de décrire des modes de vie aujourd'hui disparus mais alors inconnus en Occident. Il fut aussi, en ce sens, l'un des derniers grands explorateurs du XXème siècle. Ses expéditions en Indochine se traduisent par des dizaines d'articles scientifiques et l'édition d'un ouvrage monumental, en quatre volumes, Les Oiseaux de l'Indochine Française  qu'il a publié avec son ami Pierre Jabouille à l'occasion de l'Exposition Coloniale à Paris en 1931.
    Spécialiste de l'Asie (Inde, Chine, Japon, Malaisie, Indonésie…), Jean Delacour a également dirigé une importante mission franco-anglo-américaine à Madagascar, en 1929, qui a permis de rassembler d'importantes collections aviaires déposées dans les musées de Paris, Londres ou New York et de publier une avifaune de Madagascar.

    La deuxième partie de sa vie, aux Etats unis pendant et après la guerre, est moins marquée par les explorations et missions scientifiques; il n'en a dirigé qu'une seule, au Brésil en 1956. Par contre, il a passé 30 années à synthétiser les connaissances qu'il a acquises, à étudier les échantillons de musées ou les collections vivantes qu'il a  rassemblés et à écrire des ouvrages scientifiques de références révisant complétement la systématique des oiseaux en vigueur à l'époque. Les livres se sont succédés: Birds of the Philippines (1946), en collaboration avec Ernst Mayr ; Birds of Malaysia (1947) ; The Pheasant of the World (1951) ; Waterfowl of the World (1954) en quatre volumes en collaboration avec  Peter Scott ; Guide des oiseaux de Nouvelle-Calédonie (1966); Curassows and related Birds (1973) en collaboration avec Dean Amadon. On peut ajouter à ces monographies un ouvrage d'aviculture en trois volumes Les Oiseaux (1970), quelques ouvrages mineurs et de multiples articles concernant la révision de familles et de groupes d'oiseaux : Bulbuls, Timalinés, Souimangas, Astrilds, etc.
    Sa connaissance de la biologie et du comportement des oiseaux, acquise grâce à son expérience de l'élevage en captivité de multiples espèces et aux observations faites à Clères ou lors de la visite d'autres collections vivantes, sa connaissance de l'écologie des oiseaux obtenue lors des expéditions qu'il a menées ont complété les classiques observations morpho-anatomiques effectuées sur les peaux de musée, lui permettant ainsi de formuler des conclusions scientifiques qui n'étaient plus des hypothèses mais des quasi-certitudes. Cette méthode de travail, largement utilisée aujourd'hui (on y ajoute aussi la biologie moléculaire), était à l'époque de Jean Delacour non pas une innovation mais une révolution.
    Jean Delacour n'a pas été qu'un Scientifique de grand talent, il fut aussi un Naturaliste complet, au sens du XIXème siècle, un Explorateur, un Humaniste et un Artiste.

Principaux ouvrages de Jean Delacour


Recherches ornithologiques dans la province de Quangtri et quelques autres régions de l'Indochine Française (1925)
Les Oiseaux, leur entretien, leur élevage. Trois volumes (1925, 1928, 1936)
Recherches ornithologiques dans les Provinces du Tranninh (Laos), de Thua-Thien et de Kontoum (Annam), et quelques autres régions de l'Indochine Française (1927)
Les gallinacés et pigeons de l'Annam (1927)
Les Oiseaux des îles Paracels (1930)
Les Oiseaux de l'Indochine Française. Quatre volumes (1931)
La Mission zoologique franco-anglo-américaine à Madagascar (1932)
On the Birds collected in Madagascar by the Franco-Anglo-American Expedition, 1929-1931 (1932)
Monographie des veuves (1934)
IXè Congrès Ornithologique International (Rouen 1939)
Birds of the Philippines (1946)
Birds of Malaysia (1947)
The Pheasants of the World (1951, seconde édition en 1977, édition française en 1983)
The Waterfowl of the World . Quatre volumes (de 1954 à 1964, seconde édition en 1973)
Wild Pigeons and Doves (1959)
Pheasant breeding and care (1959)
The Living Air. The memories of an Ornithologist (1966)
Guide des oiseaux de Nouvelle-Calédonie et de ses dépendances (1966)
Currassows and related Birds (1973), en collaboration avec Dean Amadon du Museum of Natural History de New York

Jean Delacour a également fait paraître des centaines d'études et d'articles dans les principaux périodiques d'ornithologie et de mammalogie français, anglais, américains et allemands.

Expéditions de Jean Delacour en (ex) Indochine


Première expédition (décembre 1923 - mai 1924)

    Parti de Marseille le 19 octobre 1923, Jean Delacour parcourt le Sri Lanka, une partie de l'Inde, du Myanmar et de la Malaisie avant d'arriver à Saigon le 15 décembre 1923. De là, il gagne Haiphong, en baie d'Along, où il arrive le 21 décembre pour passer les fêtes de fin d'année en compagnie du Gouverneur général Merlin et de Pierre Jabouille. Il arrive à Quangtri le 2 janvier 1924, où le Résident de France est justement Pierre Jabouille.
    L'essentiel de la collecte concerne la Province de Quangtri (Centre-Annam), bien que des oiseaux aient été capturés tout au long du voyage, dans le Sud-Annam ou en Cochinchine, et également au Cambodge.
    Les principaux sites de collecte en Centre-Annam sont : Quangtri même ; Hailang, village situé à 13km au sud de Quangtri ; Vinhlinh, à 41 km au nord de Quangtri (1-3 février) ainsi que tout le long de l'ancienne route coloniale N°9 qui menait au Laos, à travers la chaine annamitique, de Camlô à Laobao (11-28 février) en passant par Mailanh, Langkhoai (10 mars) et Khésanh.
Le 28 mars, Delacour part seul pour Angkor (Cambodge). Il récolte une quarantaine de peaux tout le long de la route, au Col des Nuages (Annam), à Tourane, à Quinhon, au Cap Varela, à Nhatrang, à Dalat, à Saigon, à Banam et à Pnompenh. Il est de retour à Quangtri le 17 avril.
Il séjourne ensuite à Hanoi, du 20 au 26 avril et s'embarque à Tourane le 17 mai, pour arriver à Marseille le 19 juin 1924.
    De cette expédition, Delacour rapporte non seulement des peaux collectées lui-même, avec l'aide de chasseurs annamites, mais aussi des dépouilles ou des oiseaux vivants donnés par d'autres personnes : Pierre Jabouille, éminent ornithologiste, qui avait réuni toute une série de peaux, depuis mars 1922, originaires du Centre-Annam ; le Dr Cognacq, Gouverneur de la Cochinchine (Saigon); C. Boden Kloss, F.N. Chasen, A.Danjou (Singapour).
    12 nouvelles espèces ou sous-espèces ont été décrites suite à cette expédition dont Tropicoperdix merlini, Tropicoperdix cognacqi , Hierophasis imperialis et Polyplectron chinquis ghigii.

Deuxième expédition (octobre 1925 - avril 1926)

    Delacour et W.P. Lowe arrivent mi-octobre 1925 à Huê où ils retrouvent Jabouille qui avait déjà réuni, seul, près de 800 spécimens, collectés près de Huê et dans le Sud-Annam depuis l'été 1924.
    Delacour et Lowe partent d'abord seuls pour le col des Nuages puis, le 9 décembre, avec Jabouille au Tranninh (Haut-Laos). Leur itinéraire est le suivant : Donghoi (9 décembre), Vinh (10 décembre), Cuarao (11 décembre), Muongxen (12 décembre), Nonghet (13 décembre), Xiengkhouang (15 décembre) où ils restent jusqu'au 13 janvier excepté deux journées passées sur les flancs du Phuké (23 décembre) et à Muongsui (70km au nord ouest de Xiengkhouang).
    Ils regagnent Huê mi-janvier où ils continuent de collecter dans la région du col des Nuages et de Tourane jusque mi-février. Delacour, atteint d'une maladie du foie, doit alors être longuement hospitalisé à Hanoi. Jabouille et Lowe partent seuls pour le plateau de Kontoum (Sud-Annam) où ils restent jusqu'au 24 mars : l'essentiel des collectes concerne alors les régions de Kontoum et Dakto.
    36 espèces et sous-espèces nouvelles ont été décrites, à la suite de cette expédition, dont Arborophila rufogularis laotinus, Arborophila brunneipectus neveni, Tropicoperdix merlini vivida Francolinus pintadeanus wellsi et Gallus gallus jabouillei.

Troisième expédition (novembre 1926 - avril 1927)

    La troisième expédition avait pour but d'explorer le Tonkin, la Cochinchine et de nouveau l'Annam, en particulier la région de Thualuu, au pied du col des Nuages. Durant l'été 1926, Jabouille avait réuni un peu plus de 1000 spécimens en provenance du Centre-Annam.
Delacour, Jabouille et Lowe arrivent à Hanoi le 15 novembre 1926 et gagnent Tamdao vers le 25 novembre, Backan vers le 7 décembre où ils restent jusqu'au 4 février 1927, avec des collectes aux alentours : Chora (14 au 17 décembre, 21 décembre), Lac Babé (18 au 20 décembre), Nganson (30 décembre au 4 janvier), Langson (11 au 24 janvier). Ils regagnent ensuite Thualuu (Annam) le 7 février, puis descendent vers le Sud-Annam à Djiring (24 février) où ils restent jusqu'au 20 mars. Lowe regagne alors l'Europe tandis que Delacour et Jabouille partent pour la Cochinchine, à Anbinh (23 mars et 1e avril) et Phurieng (29 mars) où ils rencontrent M. A. David Beaulieu.
    Ils reçoivent, début avril, 133 spécimens envoyés par le Dr Engelbach, en provenance de Saravane et Attopeu (Bas-Laos), qui seront ajoutés à la liste publiée à l'issue de cette troisième expédition.
  41 espèces et sous-espèces ont été décrites à la suite de la troisième expédition, dont Tropicoperdix charltoni tonkinensis , Arborophila davidi, Arborophila rufogularis guttata et Phasianus colchicus takatsukasai.

Quatrième expédition (novembre 1927 - avril 1928)

    Alors que Delacour, Jabouille et Lowe sont en Indochine, John Spedan Lewis envoie  deux collecteurs d'oiseaux, les frères Webb, afin de rapporter une collection vivante d'oiseaux frugivores et d'insectivores destinés aux volières de Spedan Lewis, en Angleterre, et de Clères.
    Durant l'été 1927, et comme pour les précédentes expéditions, Jabouille avait réuni, avec l'aide de ses chasseurs annamites, un certain nombre de spécimens en provenance du plateau de Dalat, du Darlac, de l'ouest de Nhatrang et du nord de Quangtri.
    Delacour, Jabouille et Lowe se retrouvent à Saigon le 25 novembre 1927 et se dirigent, après trois jours de préparatifs, vers Pnompenh puis vers Le Bokor (Cambodge) où ils collectent jusqu'au 21 décembre 1927. Tandis que Jabouille séjourne à Kampot puis sur l'île de Phuquoc, Delacour et Lowe gagnent le nord et le nord-est du Cambodge : lac Tonlé-Sap, Siemreap, Kompongthom, Sambor. Ils se retrouvent tous à Pnompenh le 5 janvier 1928  et se dirigent vers Tayninh, au nord-ouest de la Cochinchine, à la frontière cambodgienne. Alors que Jabouille reste à Tayninh jusque fin janvier, Delacour et Lowe regagnent Tourane, le 15 janvier, puis Huê, le 17 janvier. Ils partent ensuite pour Vinh (19 janvier) et Napé, dans le nord de l'Annam (20 janvier) où ils restent jusqu'au 13 février, sauf deux collectes à Nakay et Namteun. Le 14 février ils regagnent Vinh, puis remontent vers Phuqui et Khêbon. Alors que Lowe reste seul à Phuqui, du 18 février au 4 mars, Delacour rejoint Jabouille, retenu à Huê par des obligations professionnelles, et installe les frères Webb à Thualuu le 29 février. Il remonte ensuite à Phuqui où il reste avec Lowe jusqu'au 19 mars 1928.
    22 espèces et sous-espèces ont décrites à la suite de la quatrième expédition, dont Arborophila cambodiana, Tropicoperdix chloropus olivacea et  Gennaeus lewisi.

Cinquième expédition  (octobre 1929 - Février 1930)

    Jabouille, retenu par ses fonctions, ne participe pas à cette expédition mais il avait collecté environ 300 spécimens, durant les étés 1928 et 1929, en Centre-Annam et dans la région de Dalat.
    De retour de Madagascar, Delacour, Lowe et Greenway rejoignent Poilane à Huê et gagnent ensuite Chapa le 29 octobre 1929 où ils restent jusque fin décembre, sauf des collectes à Loquiho (mi-novembre et début décembre) et Fansipan (fin novembre et mi-décembre). Alors que Poilane collecte à Pakha, Namda, Laokay et Longphinh, les trois autres membres de l'expédition gagnent la Baie d'Along vers le 8 janvier. Les collectes concernent alors les îles de la Table et de Catba ainsi que Hongay et Haiphong. Ils descendent ensuite vers le sud-est (18 janvier 1930), à Hoixuan et Lunglunh (Nord-Annam), avant de regagner la Cochinchine le 21 février où ils collectent à Honquan, Thudaumot et Banni. Ils reçoivent alors des spécimens de David Beaulieu provenant de Haute-Cochinchine.
  34 espèces et sous-espèces ont été décrites à la suite de la cinquième expédition, dont Arborophila torqueola griseat et Tragopan temminckii tonkinensis.

Sixième expédition (novembre 1931 - février 1932)

    Jean Delacour quitte Marseille le 9 octobre 1931, en compagnie de sa mère et du comte Guy de Germiny. Arrivés à Saïgon le 3 novembre, il retrouve Pierre Jabouille, qui ne les accompagnera pas dans cette mission. Leur but est de parcourir le Laos.
    Après avoir remonté le Mékong, ils parviennent à Paksé le 14 novembre 1931. Ils gagnent ensuite Thateng, situé sur le flanc nord-est du plateau des Bolovens, où ils restent jusqu'au 27 décembre, sans le comte de Germiny qui, épuisé, a dû regagner la France. Il a été alors remplacé par le Dr Engelbach, ornithologiste réputé, qui a pris trois semaines de congé. A Thateng, Madame Delacour est victime d'une grave crise de paludisme. Elle doit alors être hospitalisée à Paksé, à l'hôpital du Dr Engelbach, où Jean Delacour reste jusqu'au 29 janvier 1931.
    Pendant son séjour forcé à Paksé, Delacour collecte seul dans les alentours immédiats de cette ville, le long du Mékong, sur le plateau des Bolovens et sur ses flancs occidentaux. Il est de retour à Marseille le 5 mars 1932.
    Huit espèces et sous-espèces ont été décrites à la suite de la sixième expédition.

Septième expédition (novembre 1938 - mars 1939)

    Le but de cette dernière expédition était d'explorer l'ouest du Haut-Laos, jusqu'à la frontière birmane.
    Delacour, Greenway et Edmond-Blanc se retrouvent à Huê le 25 novembre 1938. Partis le 29 novembre pour Vinh, ils parviennent à Xiengkhouang le 2 décembre où ils restent jusqu'au 21 décembre, collectant dans les environs et sur les montagnes du Phukobo et du Phukê. Ils gagnent ensuite Luangprabang et remontent le Mékong jusqu'à Banhoueisaï puis Namkhueng. Le 21 janvier 1939, ils redescendent vers Luangprabang et parviennent au col de Taloun le 24 janvier (70km au sud-est de Luangprabang) puis à Phoukoum (31 janvier). Ils rejoignent enfin Xiengkhouang où ils retrouvent David Beaulieu qui leur remet ses dernières captures en provenance du Phukobo. Après avoir séjourné à Nonghet, du 5 au 9 février, ils regagnent Huê le 10 février, puis collectent à Bachma dès le 14 février. Là, le 16 février, Delacour apprend l'incendie du château de Clères et retourne immédiatement en France. Greenway se rend alors seul à Dalat et aux pics de Langbian.
    13 espèces et sous-espèces ont été décrites à la suite de la septième et dernière expédition, dont Lophura nycthemera beaulieui.

Les lecteurs intéressés par ce sujet pourront lire la publication suivante :
HENNACHE, A. & DICKINSON, E. (2000).- Les types d'oiseaux rapportés du Vietnam, du Laos et du Cambodge par Jean Delacour entre 1923 et 1939. Zoosystema, 22 (3) : 601-629.

 

Expédition Franco-Anglo-Américaine à Madagascar


19 avril 1929 -7 mai 1931

    Cette mission a été proposée par l'American Museum de New York et P.R. Lowe, qui était conservateur de la collection ornithologique au British Museum. Jean Delacour l'organisa avec l'aide de MM Sanford, Lowe et Bourdelle qui représentaient respectivement les muséums de New York, Londres et Paris. Il la dirigea comme chef d'expédition jusqu' août 1929. Le but était la recherche et l'étude des oiseaux et des mammifères de Madagascar, alors très mal connus.
    Quatre autres chercheurs y prirent part, aux côtés de Delacour : R. Archbold, J. Greenway, W.P. Lowe et A.L. Rand. D'autres personnes vinrent renforcer cette équipe en cours de mission : J.C. White, C.S. Webb, P. du Mont, M. Decary.

    Le programme comprenait l'exploration systématique de toutes les  parties de l'île susceptibles d'être intéressantes au niveau faunistique.
Delacour et Lowe ont exploré le massif de l'Ankarata (centre), l'Antzingy et le plateau de Bémaraha (ouest), le lac Aloatra (est), de mai à août 1929, puis ils sont rentrés en Europe avant de repartir pour l'Indochine. Delacour fut remplacé comme chef de mission par M. Decary arrivé en 1930.
    Rand, Archbold, Greenway puis du Mont se sont eux chargés de la région de Ivohibé, Vondrozo, Farafangana (sud-est), de la région allant du lac Iotry jusqu'à celle de Ampotaka (sud-ouest), du nord de l'île entre Maroantsetra et Analava et enfin de la région entre Majunga et Maintirano (nord-ouest), du 25 mai 1929 au 7 mai 1931. Leur collecte fut complétée par des exemplaires de la forêt Sianaka achetés auprès de M. Herschell-Chauvin, naturaliste à Tananarive.

    La mission a ramené un matériel considérable, non seulement des peaux mais aussi des animaux vivants : 12000 exemplaires d'oiseaux représentant 232 espèces et sous-espèces dont 13 nouvelles pour la science ; 1000 exemplaires de mammifères représentant 50 espèces.
Mémoires d'un ornithologiste
par Jean Delacour
avec la collaboration d'Alain Hennache


      Jean Delacour (1890-1985), fondateur du parc de Clères et auteur de nombreux ouvrages dont Tous les faisans du Monde, a traversé pratiquement tout le XXème siècle, assistant à des bouleversements technologiques, sociaux, économiques, sans précédents. Son livre nous montre un homme déterminé, témoin de son temps et doté d'une impressionnante capacité d'adaptation.
      Sa biographie est un précieux témoignage sur le genre de vie qu'il mena non seulement auprès des grands de ce monde mais aussi auprès des plus humbles. Son sens aigu de l'observation, doublé de sérieuses connaissances en zoologie, botanique, ethnologie et arts font de cet ouvrage un récit extrêmement vivant, où l'humour n'est pas oublié. Ce fut aussi l'un des tout premiers précurseurs en matière de préservation de la nature, un explorateur infatigable et probablement l'un des plus grands ornithologistes du XXe siècle
Mémoires d’un ornithologiste


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