Dernière mise à jour le samedi 15 avril 2017
 

Eléments de gestion sanitaire appliqués à l'élevage d'oiseaux exotiques


Par Dr Eric Plouzeau, Dr Vétérinaire
Laboratoire de Conservation des Espèces Animales,
Muséum National d'Histoire Naturelle.

Article édité dans le N° 26 (09-2000) du bulletin de WPA France


Introduction : l'intérêt d'une gestion sanitaire d'élevage.

    Le maintien en captivité d'oiseaux exotiques implique un regroupement d'animaux dans un espace clos. Les conditions sont réunies pour favoriser l'émergence et la propagation de maladies à caractère plus ou moins contagieux.
Sachant que le passage d'un agent pathogène dans une collection peut anéantir tous les efforts du meilleur des éleveurs, (logement - alimentation - reproduction - génétique), nul ne saurait compromettre la qualité de son travail par un défaut de vigilance sanitaire.


Quels sont les objectifs sanitaires pour l'éleveur d'oiseaux exotiques ?

    Il s'agit d'éviter :
1.L'introduction d'une maladie infectieuse.
2.La propagation d'une maladie infectieuse.
3.La transmission de l'homme à l'animal d'une maladie infectieuse et inversement.
4.L'exportation d'une maladie infectieuse vers une autre collection.
D'où la nécessité d'une véritable gestion sanitaire.


Comment appréhender la gestion sanitaire d'un élevage ?

    La gestion sanitaire d'un élevage comprend essentiellement deux volets. Pour chaque maladie infectieuse aviaire considérée séparément, votre élevage peut se trouver dans l'une ou l'autre des situations suivantes : indemne ou contaminé. A chaque situation correspond une stratégie de gestion sanitaire nommée prophylaxie. (Prophylaxie, du grec prophulattein, veiller sur : Ensemble de mesures prises pour prévenir l'apparition ou la propagation d'un ou des maladies).
-En milieu indemne: prophylaxie défensive, stratégie de protection constituée d'un ensemble de mesures permettant de contrôler le risque infectieux.
  • En milieu contaminé: prophylaxie offensive, stratégie de lutte constituée d'un ensemble de mesures permettant de contrôler l'infection déclarée.
Voyons comment appliquer une politique de prophylaxie dans un élevage aviaire.


LA PROPHYLAXIE DEFENSIVE, OU LE CONTROLE DU RISQUE INFECTIEUX.

    Le contrôle du risque infectieux repose sur plusieurs principes sanitaires fondamentaux :
  • Principe de quarantaine.
  • Principe de sectorisation.
  • Principe d'isolement.
  • Hygiène de l'alimentation.
  • Hygiène du matériel, des locaux.
  • Hygiène de l'éleveur.
    Le contrôle du risque infectieux est renforcé par un suivi vétérinaire des spécimens et par des actes de médecine préventive : dépistages, vermifugations, vaccinations.


Le principe de quarantaine.

    (Quarantaine: Terme de marine : Isolement imposé à un navire en provenance d'un pays où règne une maladie contagieuse.). Dans le cas d'une élevage aviaire, TOUS les oiseaux extérieurs à l'élevage doivent subir une quarantaine à l'introduction. La quarantaine permet aux symptômes des maladies en incubation d'apparaître.
  • La Quarantaine doit-elle durer 40 jours ?
Chez les oiseaux, on constate une grande rapidité d'évolution de la plupart des maladies. La durée minimale d'une quarantaine efficace est environ de 15 jours à 3 semaines. Notons que pour les maladies à incubation et évolution lente, une quarantaine de durée optimale semble inconcevable : dans le cas de la tuberculose aviaire, il faudrait bloquer les oiseaux en quarantaine pendant 1 à 2 ans !
  • Où effectuer la quarantaine ?
Dans des locaux dédiés à cet usage, situés à l'écart de l'élevage, constitués de matériaux désinfectables.
  • Comment effectuer la quarantaine ?
    Il convient d'effectuer ou de faire effectuer par un vétérinaire deux examens cliniques : bien observer les oiseaux à l'entrée puis avant la sortie de quarantaine. Il faut en outre bien connaître la provenance des oiseaux, leurs antécédents pathologiques, et les vaccinations en cours de validité. Il faut ensuite effectuer une batterie d'examens complémentaires : Coproscopie parasitaire, voire plus: sérologies / bilan sanguin.


Le principe de sectorisation : éviter les transmissions.

    A chaque volière ou groupe de volières, doit correspondre 1 jeu de petits matériels (brosses, balais, râteau, pelle, seau etc.), qu'il convient d'identifier, et qui y restera inféodé. Il faut induire en outre une séparation du matériel et isoler par des pédiluves les zones suivantes : Volières adultes / incubation / élevage poussins.
    Et bien sûr ne pas oublier de séparer le matériel de transport des aliments de celui des déchets.


Le principe d'isolement : limiter la contagion directe.

    Tout oiseau sur lequel plane une suspicion de maladie transmissible doit être isolé de ses congénère, et ce de façon très précoce.


Hygiène de l'alimentation.

    Veiller à la qualité des matières premières et au stockage dans des locaux propres et secs.


Hygiène du matériel, des locaux.

    Nettoyage et désinfection réguliers du matériel et des locaux. Attention à porter son choix sur des produits agréés par le Ministère de l'Agriculture, et à vérifier les taux de dilution, le temps d'exposition, ainsi que la possibilité ou non d'application en présence d'animaux.
    Pour mémoire, une désinfection n'est efficace qu'à la suite d'un nettoyage, car les agents désinfectants sont pour la plupart inhibés par la présence de matières organiques sur les surfaces à traiter.
La méthodologie est la suivante :
    1.Nettoyer = retirer les saletés et les dépôts protéiques (produit détergent, nettoyeur haute pression)
    2.Appliquer le produit désinfectant: liquide, mousse, voie aérienne.
    3.Laisser agir.
    4.Rincer.
    5.Laisser sécher.
    6.Vide sanitaire si changement de lot d'oiseaux (absence d'oiseaux pendant deux à trois semaines).


Hygiène de l'éleveur : La tenue, les pieds et les mains…

    Nous suggérons de vous équiper des plusieurs tenues d'élevage, chacune constituée au minimum d'une paire de bottes et d'une combine : 
  • Une tenue réservée au travail dans les volières.
  • Une tenue réservée aux travaux de désinfection et de décaissage.
  • Une tenue pour la quarantaine
  • Une tenue pour l'infirmerie.
  • Une pour la salle d'incubation et l'élevage poussins.
  • Une tenue de sortie, réservée aux visites des autres élevages.
    Il est souhaitable d'équiper l'élevage de distributeurs de savon antiseptique à des points-clefs : Incubation / élevage poussin / Volières adultes / Quarantaine / infirmerie. 


Contrôle du risque infectieux: suivi vétérinaire - médecine préventive.

Mettre en œuvre des dépistages sérologiques et coproscopiques réguliers, et ce dès la quarantaine d'entrée.
  • Vermifuger au moins deux fois par an: Printemps, Automne.
  • Vacciner, suivant la situation sanitaire loco-régionale et les maladies passées dans l'élevage.
  • Instaurer un fichier de suivi vétérinaire individuel, couplé à une identification des spécimens.
Quelques exemples de vaccins disponibles, à choisir en concertation avec un vétérinaire, et à se procurer sur prescription uniquement.

  • Maladie de Marek
  • Maladie de Newcastle
  • Bronchite infectieuse
  • Laryngotrachéite infectieuse
  • Arthrite virale
  • Maladie de Gumboro
  • Variole aviaire
  • Encéphalomyélite
  • Syndrome de chute de ponte
  • Hépatite à inclusions
  • Colibacillose
  • Corysa
  • Choléra aviaire
  • Salmonelloses
  • Mycoplasmoses


LA PROPHYLAXIE OFFENSIVE: CONTROLE D'UNE INFECTION DECLAREE.

    En cas d'infection déclarée, il faut passer à l'attaque, en adaptant une stratégie de lutte aux caractéristiques de la maladie (étiologie, épidémiologie), ainsi qu'aux possibilités de traitement et de prophylaxie médicale (vaccins). La prophylaxie offensive n'est efficace qu'en appliquant soigneusement un plan d'éradication, qu'il faudra concevoir avec l'aide d'un vétérinaire, après identification formelle de l'agent pathogène incriminé (diagnostic étiologique).Rappelons que dans le cas des Maladies Légalement Réputées Contagieuses, dont la déclaration est obligatoire, la conduite à tenir est dictée par la loi, et mise en application par les Services Vétérinaires.


Conclusion :

    La vigilance sanitaire paye toujours, à terme. Vous épargnerez de précieux spécimens en prenant de bonnes habitudes, telles que la quarantaine systématique et l'isolement précoce des oiseaux malades. Alors équipez-vous de matériels surnuméraires (qui s'useront moins vite), de plusieurs tenues d'élevage, de lave-mains, et rationalisez votre conduite d'élevage. 


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