Dernière mise à jour le samedi 15 avril 2017
 

Mission: Lophophore de Lhuys


Alain Hennache et Bernard Giboin, Juillet 2010

    Fin 2008, He Fen qi, un ornithologue chinois connu, membre de l'Académie des Sciences de Chine, avait demandé notre aide pour l'élevage du Lophophore de Lhuys (Lophophorus lhuysii) au centre de conservation de Baoxing, dans la réserve de Feng Tong Zhai où il est conseiller scientifique. Après plusieurs contretemps, nous avons obtenu suffisamment d'informations pour envisager un voyage sur place et nous rendre compte de visu du travail à effectuer. Il faut dire que la perspective d'observer de près ce très rare faisan a aussi été un facteur décisif. Le 16 mars 2010, Bernard Giboin et Alain Hennache, décollions donc de Roissy Charles De Gaulle, direction le Seutchouan, via Beijing (anciennement Pékin).

Alain Hennache et Bernard Giboin dans les volières du centre d'élevage du zoo de Pékin

    Nous avons été accueillis par Zhang Jing, ainsi que par John Corder qui avait décidé de passer quelques jours en notre compagnie, autant pour discuter des projets qu'il avait en cours aux zoos de Beijing et Chengdu que pour découvrir le centre d'élevage de Baoxing.
    De nouvelles volières destinées aux lophophores de Lhuys et aux ithagines viennent d'être construites ; elles sont très spacieuses mais souffrent de quelques défauts de conception, dangereux pour les oiseaux : angles saillants et fortes aspérités sur les murs de l'abri, qui devraient être supprimées prochainement. Il faut aussi noter que le zoo de Pékin mène actuellement un programme de recherche sur l'élevage des ithagines; Zhang Jing, responsable de ce projet, nous a présenté un intéressant diaporama sur ses premiers résultats obtenus à partir d'oeufs prélevés dans la province de Chensi (Ithaginis c. sinensis).
    Notre groupe a ensuite gagné le centre d'élevage de Baoxing, situé à 30 minutes de la ville, à 1700m d'altitude. Ce centre, inclus dans la réserve naturelle de Feng Tong Zhai, dépend du département forestier du Seutchouan ; il est géré par Yang Ben qing que nous avions rencontré dès notre arrivée à Baoxing. Quel ne fut pas notre étonnement de découvrir six volières avec des lophophores de Lhuys ; quatre volières avec chacune un couple, une volière avec deux mâles et une autre à l'écart avec trois mâles en compagnie d'un mâle de Lady Amherst issu d'un œuf récupéré dans les environs du centre. Le centre de Baoxing a élevé quelques jeunes à partir de deux couples sauvages et a d'ailleurs envoyé quelques sujets au Zoo de San Diego mais il n'y a plus aucune reproduction depuis trois ans et le dernier oiseau de San Diego est mort récemment. Compte tenu des lophophores présents à Beijing, il a alors été facile de conclure que la population mondiale captive de lophophores de Lhuys est actuellement de 11 mâles et 8 femelles issus de trois couples sauvages. Les volières sont vastes, environ 20 mètres de profondeur pour cinq mètres de large avec une partie couverte de cinq mètres, la hauteur variant de 2,50 m à 5 m. La partie couverte sert d'abri, elle est munie de perchoirs ; c'est là que boisson et nourriture sont mises à la disposition des oiseaux. Les bas des cloisons de séparation entre volières ne sont pleins que dans la partie de volière découverte, si bien que les oiseaux peuvent se voir au niveau des abris. Le sol est couvert de graviers et cailloux, similaire à celui rencontré par cette espèce dans son habitat mais les plantations sont trop peu nombreuses, à l'exception d'une des volières. Enfin le nichoir, au sol, consiste en une zone délimitée par une planche située dans un coin, non loin de l'entrée de la volière.
   

Mâle de lophophore de Lhuys au zoo de Pékin.
Couple de lophophores de Lhuys dans les volières
du centre d'élevage de Feng Tong Zhai.
    Chaque femelle pond entre 8 et 10 œufs par an répartis en trois ou quatre pontes. A notre arrivée les mâles paradaient, chantaient, annonçant le début de la saison de reproduction, et certains ne se privaient pas de courtiser la femelle d'une volière voisine tout en ignorant celle de leur propre volière. Nous avons pu noter les similitudes de comportement entre cette espèce et le lophophore resplendissant (Lophophorus impejanus).
    
    La partie technique est limitée à une petite pièce, où se trouve un incubateur Grumbach, complètement déréglé lors de notre visite (36°5 et 99% d'hygrométrie relative), et à un corridor de trois à quatre mètres de large, situé le long des volières, servant à la fois de couloir de service, de local d'élevage des jeunes et d'entrepôt de nourriture.
    Lors d'une première réunion avec M. Yang, le 23 mars, nous avons tenté à la fois de cerner les raisons de l'échec en élevage et d'y apporter des solutions. Il est apparu que :
  • les oiseaux étaient en bon état physique
  • les volières étaient dans l'ensemble bien conçues mais qu'elles souffraient de quelques défauts, notamment dans l'aménagement paysager et dans la disposition des nichoirs
  • l'incubateur était difficile à régler suite à une usure des mécanismes de contrôle de la température et de l'hygrométrie
  • des pannes d'alimentation électrique pouvaient compromettre les succès d'incubation artificielle
  • l'ensemble du personnel méconnaissait les principes de l'incubation artificielle, que ce soit au niveau du stockage des œufs, de leur désinfection, du contrôle de l'hygrométrie optimale et du mirage, voire du contrôle de température
  • la nourriture était correcte, équilibrée et variée
  • les oiseaux étaient vermifugés régulièrement ;
  • des données fragmentaires existaient sur le mode de nidification in situ, d'ailleurs surprenantes puisque des nids avaient été trouvés dans des trous situés sur des falaises rocheuses verticales. D'après He Fe qi, le nid est presque toujours situé à l'abri d'un rocher.

      He Fen Qi dans la salle d'incubation de Feng tong Zhai

    Nous avons alors essayé de régler l'incubateur et suggéré :
  • de procéder à quelques améliorations immédiates dans les volières (aménagements, perchoirs, nichoirs, plantations, etc.)
  • de laisser la deuxième ponte aux femelles pour élevage naturel
  • de constituer un cheptel de poules couveuses.

    Mais nous étions conscients que seule une formation de plusieurs jours sur place aurait pu apporter un début de solution.
    Le deuxième problème qui se pose est la finalité de cet élevage ; He Fen qi nous avait dit que le centre souhaitait réaliser un élevage intensif mais pourquoi ?
    Une réunion à ce sujet eut lieu le 24 mars en présence du directeur général du département forestier du Seutchouan, du directeur de la réserve de Feng Tong Zhai, de Yang Ben qing et de He Fen qi, conseiller scientifique pour Feng Tong Zhai.
    L'objectif déclaré est le renforcement des populations sauvages qui seraient en diminution suite à une dégradation de l'habitat.

Trois objectifs ont été dégagés de cette réunion:
1. une étude scientifique de terrain doit être rapidement menée, compte tenu de l'absence totale de données sur l'état actuel de la population sauvage. Elle pourrait impliquer conjointement le département forestier du Seutchouan, l'université de Chengdu et la W.P.A.
2. le centre d'élevage a besoin de toute urgence d'une aide technique pour l'élevage du lophophore de Lhuys ainsi que d'un nouvel incubateur
3. le département forestier du Seutchouan doit construire de nouvelles volières, à Baoxing, mais aussi dans un autre endroit du parc naturel, à la fois pour héberger les jeunes à naître à la fois pour limiter les risques d'anéantissement de la petite population captive existante soit par un agent infectieux (grippe aviaire par exemple) soit par une catastrophe naturelle, la destruction du centre d'élevage de Wolong par un séisme ayant servi de précédent.

    He Fen qi et Yang Ben qing ont souhaité nous montrer les sites naturels où vivent les lophophores de Lhuys ; la surface de leur habitat ne dépasse pas quelques km² au dessus de 3600m d'altitude dans la réserve de Feng Tong Zhai. Nous sommes donc partis en véhicule tout-terrains le 22 mars, en direction du nord vers le mont Siguniang, en longeant la vallée de l'" East River " vers Jia Jin Shan. Dans toute la vallée l'extraction de granulats et de marbre défigure le paysage dont l'aspect gris, poussiéreux, sinistre, contraste avec les couleurs de printemps que nous avions rencontrées précédemment. Un barrage en cours de construction accentue la tristesse des lieux, défigurés. Notre route, cimentée, en cours de réparation par endroit, monte en altitude ; les jardins, terrasses, palmiers à chanvre (ou palmiers de Chine) laissent la place aux métaséquoias (Metasequoia glyptostroboides), à des bambous plus petits puis aux pins et aux rhododendrons. Un peu plus haut dans notre montée ; la route n'est plus qu'un mince ruban plus ou moins cimenté ; la végétation devient plus clairsemée, bambous et arbustes, ces derniers couverts de lichens " barbe-de-bouc " (Usnea trichodea), sont de plus en plus chétifs; la route est collée à la montagne, les à-pic deviennent vertigineux, puis nous atteignons la limite des arbres ; les premières plaques de neige, les nuages de plus en plus épais, la visibilité très réduite. Le paysage est très accidenté, désertique, rocailleux, couvert d'une végétation naine ; c'est là que vivent les lophophores de Lhuys, à près de 4000 m. Ils ne sont d'ailleurs pas les seuls ; des yacks sont perdus sur les chaumes et dans les nuages, trois vautours de l'Himalaya (Gyps himalayensis) planent à la recherche de leur pitance. Mais nous ne verrons pas de lophophores ce jour-là en raison des nuages épais qui nous entourent.



Laurent Fontaine, Décembre 2010


    A leur retour, il fut convenu, avec l'accord du  Comité d'Administration de la W.P.A.-France, d'offrir un nouvel incubateur et d'envoyer Laurent Fontaine en assurer le transit puis sa mise en place au centre d'élevage. Par la même occasion, il pourrait observer la gestion des oiseaux et apporter ses connaissances sur l'élevage de conservation à l'équipe chinoise.
    Afin de ne pas rater cette saison, Alain Hennache, Bernard Giboin et Laurent Fontaine ont donc planifié le voyage de Laurent Fontaine du 24 avril au 11 mai 2010, pour assurer au plus vite l'installation du matériel et sa mise en service. 
    A mon arrivée, j'ai pu noter les modifications apportées dans les volières (nids et panneaux pour occulter les cloisons).
    Mais j'ai également constaté que l'incubateur, qui contenait déjà 9 œufs, n'avait pas été déplacé. Après un coup d'œil rapide à l'incubateur, je découvrais que l'hygromètre ne fonctionnait plus et que les températures données par le thermomètre électronique subissaient des fluctuations anormales (de 34 à 39 °C en moins de dix minutes). Je remarquais également que l'eau du réservoir d'évaporation était très sale et que l'installation électrique était des plus vétustes.
Les 9 premiers oeufs... dans l'ancien incubateur.
Le trafic aérien international étant perturbé par une éruption
volcanique, l'arrivée du nouvel incubateur, offert par
la WPA-France, a été retardée de plusieurs jours.
Pour ne pas perdre de temps, nous avons commencé à travailler
avec les deux soigneurs : Yang Hong-Rong et Ma Hong.

Et essayer de sauver les oeufs déjà en incubation
dans le vieil incubateur...
    Mes deux principales missions étaient d'assurer la mise en service du nouvel incubateur offert par la W.P.A.-France et de former le personnel du centre à son usage. L'incubateur ayant un peu de retard, nous avons profité de ces quelques jours pour observer les installations et les oiseaux. J'ai également mis à profit ce temps pour assurer une formation intensive, sur l'élevage des oiseaux et l'incubation, à mon traducteur. Grâce à ces premières bases, il a pu commencer à échanger avec les deux soigneurs et collecter les premières informations sur la gestion des oiseaux et des œufs. Lors de ces discussions, j'ai pu mieux cerner le niveau de compétence de nos deux soigneurs et en conclure que leurs connaissances en élevage étaient relativement bonnes. La pratique de l'incubation artificielle semblait un peu nouvelle pour eux mais ils maîtrisaient les méthodes d'élevage des jeunes et l'entretien des adultes.

Durant ces quelques jours, j'ai eu l'occasion de faire différentes observations sur les oiseaux, leur mode de soins ou encore sur les installations et leur environnement
Ration quotidienne d'un couple
Observation de l'état d'engraissement d'une femelle
Saillie assistée : la femelle est maintenue par les ailes...
et le mâle se débrouille...
Mesure du diamètre des pattes pour le baguage
Examen d'un des mâles d'origine sauvage,
handicapé depuis le tremblement de terre de 2008.

Quelques observations du plumage: le dos entièrement blanc,
visible uniquement en vol ou lors des parades.
Mirage des oeufs... avec les moyens du bord...
L'épaisseur de la coquille et sa pigmentation
rend le mirage difficile

    Il est apparu que la totalité des jeunes élevés ces dernières années proviennent d'œufs incubés par des poules domestiques. L'arrêt de cette méthode au profit de l'incubation artificielle marque depuis deux ans la fin des naissances au centre. Un nouvel incubateur ayant été offert par la W.P.A.-France, cette méthode devrait apporter de meilleurs résultats, sous réserve bien sûr de son installation dans de bonnes conditions (sanitaires et électriques) et que les problèmes d'infécondité soient identifiés et résolus. Vues les conditions actuelles, nous avons recommandé de partager l'incubation des œufs suivant 3 voies :
  • Reprendre l'utilisation des poules couveuses jusqu'à l'aménagement d'une salle d'incubation opérationnelle et la maîtriser parfaitement.
  • Continuer d'utiliser l'incubation artificielle mais il est urgent de trouver un endroit pour installer une salle d'incubation sûre pour les soigneurs, les oiseaux et le matériel. Continuer la formation à la pratique de l'incubation artificielle en utilisant des œufs d'espèces plus simples (dont des poules permettant de produire des couveuses saines) en dehors de la période d'utilisation de l'équipement pour les lophophores.
  • Reprendre les tentatives d'incubation naturelle avec les femelles lophophores en continuant les aménagements déjà commencés et en particulier la végétalisation des volières pour offrir des zones de retrait aux femelles et diversifier leurs sites de nidification.

Le nouvel incubateur en service !!!
Et nous avons repris la formation théorique,
en particulier le contrôle de l'incubation par
la méthode de suivi de perte de poids des oeufs.

    Nous ne pouvons que vivement recommander d'envisager l'élevage naturel par les femelles lophophores comme une voie principale pour la production d'oiseaux de relâcher. Les deux autres méthodes ne doivent être envisagées que comme des voies de multiplication à court terme du nombre de reproducteurs, mais d'une moindre qualité comportementale que des oiseaux élevés naturellement par des femelles lophophores expérimentées.
    Le niveau des compétences zootechniques des deux soigneurs est largement suffisant quant à la gestion quotidienne des animaux, mais doit cependant être renforcées pour optimiser leur travail, en particulier sur la pratique de l'incubation artificielle et sur leur maîtrise de l'outil informatique.
    Ces derniers points me semblent importants pour une meilleure collecte des données (support papier inapproprié pour conserver les données à long terme) ainsi que pour leur transmission. Il me semble important qu'ils puissent accéder à l'ordinateur du centre et devraient pouvoir y disposer d'une connexion internet permettant à Yang Ben Qin d'avoir un contrôle plus efficace.
    Il nous a été impossible d'établir des liens de parentés sûrs entre les différents oiseaux du centre. Ce problème provient du mode de marquage (collier plastique ne résistant pas à la puissance des oiseaux) et du fait que les oiseaux sont regroupés hors saison de reproduction.   
    Dans l'observation des photos d'élevage fournies par M. Yang, il nous est aussi apparu que la méthode de gestion des poussins au moment de l'éclosion pouvait également être un problème : les œufs sont différenciés, les poussins aussi mais la filiation ne ressort pas dans les enregistrements de données présentés.

    Nous avons cependant établi que seuls les quatre fondateurs (2 couples mais 1 mâle inapte à la reproduction naturelle) semblent correctement reconnus par les soigneurs. Ces 4 fondateurs sont les derniers des oiseaux capturés pour ce projet dans les années 90 et dont 9 étaient encore présents en 2006. Lors de cette année 4 mâles et 2 femelles sont nés, ce qui peut laisser espérer la présence d'un patrimoine génétique différent des 4 fondateurs restant actuellement. Les 3 derniers oiseaux présents au centre sont nés en 2007 et 2008.
    Enfin, nous n'avons pas pu collecter d'informations suffisantes sur les oiseaux ayant quitté le centre pour San Diego et plus récemment pour Beijing. Zhang Jing a été officiellement invitée par l'Association de Parcs Zoologiques Chinois à mettre en place le studbook du Lophophore de Lhuys. Vue la population actuelle et la connaissance que nous en avons, il est urgent de réaliser ce travail.
    En attendant que de nouvelles volières soient réalisées, il me semble envisageable de continuer les modifications commencées cette année. L'apport de couvert végétal sur une partie des volières extérieures pourrait être le premier point à envisager. La végétation sauvage poussant aux abords du site offre suffisamment d'espèces utilisables : bambous, érables, hydrangeas, buddléias... Le cas échéant, le couvert végétal peut être renforcé par des branches de bambous en feuilles fichées dans le sol.
    Dans les hypothèses avancées pour expliquer l'infécondité des œufs, nous avons évoqué les perturbations que représentent autant de mâles regroupés dans des volières adjacentes. Les panneaux de bois occultant les cloisons dans les abris ont fait effet mais les oiseaux ont trouvé d'autres moyens de parader devant les couples mitoyens, en particulier en utilisant le haut des murets séparant les volières. Ces parties devraient être également occultées pour empêcher les couples et les mâles en particulier de se voir. Ces brises vues devraient être suffisamment hauts pour empêcher les mâles de se voir lorsqu'ils sont perchés sur l'élément cimenté du centre des volières.
    Etant donné l'âge des installations actuelles et les dégâts subis par les autres installations du centre à la suite du tremblement de terre de 2008, il apparaît comme opportun d'entreprendre la construction de nouvelles installations. La zone potentielle de construction présentée lors de notre rencontre avec M. Dong Wei, se situant en contrebas des volières actuelles semble un bon choix. La végétation déjà présente pourra être en partie préservée pour servir de base pour l'aménagement intérieur et extérieur des futures volières. La conception de ces nouvelles installations devra également inclure une structure destinée à l'incubation et à l'élevage des jeunes permettant d'assurer une bonne hygiène. Ce projet devra proposer une solution aux problèmes électriques (groupe électrogène de secours) et permettre d'assurer des conditions d'incubation optimales (hygiène, gestion de l'humidité...).
Cliquez pour agrandir l'image
Cliquez pour agrandir l'image
 
Les études du Lophophore de Lhuys dans la nature pourront également apporter beaucoup d'informations utiles dans la réalisation de ces installations. Une meilleure connaissance du comportement social, en particulier lors de la saison de reproduction, pourrait donner des informations importantes pour la conception des installations de reproduction.

Alain Hennache, Mars 2011


    En février 2011, des progrès considérables ont été faits suite à la visite en 2010 du centre d'élevage de Feng Tong Zhai d'abord par Bernard Giboin, Alain Hennache, John Corder puis ensuite par Laurent Fontaine.
    Les volières actuellement présentes à Feng Tong Zhai ont été aménagées suivant les conseils donnés par la W.P.A., notamment par l'installation de panneaux opaques entre les volières et de paniers de ponte en hauteur. M. Yang, responsable du centre d'élevage, souhaite pouvoir discuter avec la W.P.A. de la création et de l'aménagement de nouvelles volières.
    Une réelle coopération entre les diverses entités chinoises plus ou moins concernées par le lophophore de Lhuys s'est installée, alors que cela semblait impensable il y a un an.
    Des analyses génétiques ont été faites sur tous les lophophores présents en captivité aussi bien à Feng Tong Zhai qu'à Beijing, afin de connaître les relations parentales entre les oiseaux vivants, aucun registre n'ayant précédemment été tenu. Zhang Jing, responsable des oiseaux au Zoo de Beijing, a été reconnue par tous comme studbook keeper pour cette espèce et deux mâles de Feng Tong Zhai devraient être envoyés à Beijing pour la saison 2011.
    Les responsables de Feng Tong Zhai ont aussi accepté de travailler en étroite collaboration avec le professeur Yue Bisong, de l'université de Chengdu, sur le comportement de reproduction du lophophore de Lhuys, aussi bien in situ qu'ex situ.
    Enfin M. Yang, responsable du centre d'élevage, a pu assister au workshop qui s'est tenu en Thaïlande au mois de novembre 2010, et donc rencontrer d'autres responsables de programmes d'élevage dans le sud-est asiatique.
    W.P.A. France a rappelé quelques priorités pour la saison d'élevage 2011 ; elles ont été traduites en chinois par Zhang Jing.
    Ces priorités sont de deux types, mais il faut, avant tout, obtenir des œufs fertiles, ce qui n'a pas été enregistré depuis plusieurs années, sans que la véritable raison soit connue. L'élevage des jeunes passera après cette phase essentielle.

1) il faut d'abord tester les différentes méthodes d'incubation
  • naturelle par la mère ; la pose des paniers de ponte et la fabrication de cavités de nidification sont importantes.
  • par poule couveuse ; il est nécessaire de trouver des poules disponibles pour la saison de ponte 2011.
  • artificielle ; bien régler la couveuse dès février ; bien suivre les recommandations de Laurent Fontaine ; établir un véritable suivi des oeufs en mesurant la perte de poids et en s'aidant des tableaux qu'il a laissés.
Il est important de casser tous les oeufs non éclos pour vérifier l'infertilité.

2) il faut ensuite tester l'influence de la proximité des couples. Il est possible que cette proximité soit nuisible à la fertilité. Lors de notre dernière visite, nous avons pu remarquer que les mâles étaient plus préoccupés par la femelle située dans la volière voisine ou le mâle y
paradant
  • il faut donc bien isoler les couples par des panneaux opaques ; il ne faut pas que les mâles se voient ou voient les femelles des parquets voisins
  • il est enfin souhaitable de construire une volière expérimentale provisoire à l'écart des autres, dans un enclos voisin, d'y placer un couple qui a déjà reproduit (2e couple sauvage) et de laisser la femelle incuber naturellement.

    Il faut aussi réfléchir à la conception des nouvelles volières mais rien ne peut être décidé avant d'avoir contrôlé l'influence de la proximité des couples. Si cette influence est avérée, il faudra concevoir non pas une batterie de volières, mais plusieurs volières séparées les unes des autres et réparties sur l'espace disponible dans le centre.
    Parallèlement, il faut aussi essayer de voir comment se répartissent les mâles in situ. Leur territoire est-il étendu, c'est à dire est-ce qu'ils recherchent les femelles ? Ou est-ce qu'il est limité, c'est à dire que ce serait plutôt les femelles qui chercheraient les mâles, attachés à une place de chant ou de parade (on aurait alors une sorte de lek).
    De même il faut vérifier in situ si les mâles sont monogames ou si, délaissant les femelles qui couvent, ils cherchent d'autres femelles disponibles.

John Corder, Traduction Bernard Giboin, Juillet 2011

    Lors de la visite de John Corder le 2 et le 4 Avril 2011, afin de faire un suivi de la visite de Laurent Fontaine en Mai 2010 ainsi que de la participation de M. Dong Wei et M. Yang Benqing au Workshop enThailande.
    Zhang Jing du Zoo de Beijing et studbook keeper de cette espèce m'a accompagné lors de cette visite. Laurent Fontaine avait fait un certain nombre de recommandations à la fin de sa visite et nous voulions vérifier si celles-ci avaient été mises en place. Laurent Fontaine avait recommandé de relocaliser l'incubateur dans une pièce spéciale disposant d'une alimentation électrique et d'une température stable. Une nouvelle salle d'incubation a été construite comme l'illustre la première photo, avec Mme Yang Hongkong. Aucun oeuf n'avait été encore pondu, mais les deux soigneurs semblaient avoir retenu les conseils donnés par Laurent Fontaine.
    Comme nous approchions les volières, la première chose qui sautait immédiatement aux yeux était le calme des oiseaux. Au cours de notre précédente visite, tous les oiseaux lançaient des cris d'alarme et ceci paraissait lié au fait que tous les oiseaux pouvaient se voir d'une volière à l'autre. Depuis la visite de Laurent Fontaine, des séparations ont été mises en place sur la totalité de la longueur de façon que les oiseaux ne puissent se voir. Ceci contribue à une différence évidente de comportement avec des oiseaux beaucoup plus calmes.
    Il resta néanmoins quelques perturbations car les oiseaux pouvaient encore se voir à travers les bas de portes entre les volières, comme on peut le remarquer sur la photo un mâle parade pour la femelle de la volière voisine. Dans chaque volière un nouveau nichoir a été installé. Un panier nid garni de mousse et un bac de sable fut mis en place dans la zone couverte de chaque volière. Ceci donne à chaque femelle trois sites de nids possibles.
    En utilisant des branches de persistants, les nids triangulaires et les boites sont couvertes afin d'offrir une apparence plus naturelle et nous espérons que les femelles se sentiront plus en sécurité et les utiliseront. Il fut intéressant d'observer que plusieurs femelles commencèrent immédiatement d'explorer les nichoirs, qui furent remplis de sable creusé en coupes. De la mousse et des feuilles sèches furent ensuite ajoutées. Une femelle cherchant à éviter l'attention excessive d'un mâle se cacha à l'intérieur de l'un des nichoirs sous le feuillage mis en place.
    Ainsi que recommandé par Laurent Fontaine, Ma Hong et Yang Hongkong, les deux soigneurs ont maintenant accès à l'ordinateur dans le nouveau bureau installé au centre. Ils sont extrêmement dévoués à leurs taches et nous avons demandé à M. Dong de considérer une contrepartie à leur enthousiasme.
    Les résultats des tests ADN sur tous les oiseaux n'étaient pas encore disponibles et les couples ont été formés en fonction des choix des oiseaux eux mêmes. Ces résultats sont attendus sous peu. M. Dong et M. Yang ont convenu que cette méthode n'est pas satisfaisante et ces choix seront revus aussitôt que les résultats A.D.N. seront disponibles. Nous avons demandé que l'A.D.N. du mâle du Zoo de Beijing soit également testé et que s'il était génétiquement important qu'il soit retourné à Feng Tong Zhai. Si tel était le cas, Zhang Jing fournira des bagues de meilleure qualité pour tous les oiseaux afin qu'ils puissent être correctement identifiés.
    Nous avons visité la localisation envisagée pour les nouvelles volières, à l'intérieur de l'ancien enclos des pandas proche des volières existantes. Nous avons eu des discussions détaillées avec M. Dong et M. Yang sur cette question. Ils espèrent construire au moins 6 nouvelles volières et rénover totalement le complexe existant. Des plans furent envisagés et M. Dong nous les communiquera avant de les soumettre à leurs autorités financières.
    La seule médication utilisée régulièrement est une poudre insecticide pour les parasites externes. D'autres médications furent fournies il y a plusieurs années par W.P.A. USA et non utilisées. Nous avons suggéré fortement que les fèces soient analysées pour détecter la présence éventuelle de vers - comme il n'y a pas de vétérinaire disponible, le Directeur Yu Jianqiu du Zoo de Chengdu pourrait se charger du problème. Il est vétérinaire et prêt à aider.   
    La faible fertilité observée ces dernières années pouvant être due à une forte infestation de vers et ceci se doit d'être rapidement vérifié.
    M. Yang a utilisé avec de raisonnables résultats des poules couveuses avant que W.P.A. USA ne leur donne un incubateur. Il ne dispose pas d'un groupe de couveuses et dans le passé il les achetait dans les villages voisins. Nous avons suggéré qu'il se constitue un groupe de ses propres couveuses en les localisant loin des faisans afin d'éviter tout transfert possible de maladies. Nous avons également défini les contrôles nécessaires à respecter par les soigneurs s'ils devaient s'occuper également des couveuses. Une présentation PowerPoint sur ces sujets leur avait été donnée à l'occasion du workshop en Thaïlande. Un poulailler de couveuses sera inclus dans le projet concernant les nouvelles volières.
    Finalement, il fut intéressant de noter que le Pr. Yue Bisong à l'Université du Setchouan, a alloué l'un de ses chercheurs à Feng Tong Zhai pour observer et étudier le comportement des lophophores. Cet étudiant, Dou Liang, réalisera sa thèse de doctorat sur ce sujet. Nous avons pu passer un peu de temps avec lui, l'aidant à interpréter les observations qu'il avait faites et enregistrées en vidéo.
    De plus, le Pr. Yue Bisong nous indiqua son intention de mener des recherches sur l'espèce en milieu sauvage et en particulier pour déterminer son statut et vérifier si la population maintient ses effectifs ou si elle est en augmentation ou bien si elle est déclinante. Il connait les Guidelines de l' I.U.C.N. pour la réintroduction des galliformes et travaillera en proche collaboration avec la Feng Tong Zhai Nature Reserve sur l'ensemble de ces sujets.

John Corder, Traduction Bernard Giboin, Juin 2012

    John Corder a pu faire une rapide visite du Centre d'élevage du Lophophore de Lhuys à Baoxing, Sichuan du 25 au 27 Mars 2012, accompagné de Zhang Jing, Curateur des oiseaux au Zoo de Beijing. A cette époque de l'année, tous les lophophores ont accès à toutes les volières afin de passer l'hiver et le début du printemps en groupe ainsi que le font les oiseaux sauvages.
    Depuis sa dernière visite, les tests A.D.N. ont été réalisés sur l'ensemble des lophophores ce qui permettra de constituer des couples les moins apparentés pour la saison d'élevage de cette année. Il ne reste qu'un seul mâle du stock initial de fondateurs : tous les autres oiseaux ont été élevés à Feng Tong Zhai.
    Il est prévu de reconstruire complètement cette année les 5 grandes volières contenant les Lophophores de Lhuys ainsi que deux nouvelles le long des anciennes pour y loger les oiseaux le temps de la rénovation. Ces nouvelles volières contiendront également une salle d'incubation, un local pour la nourriture, une volière pour l'élevage des jeunes ainsi qu'une chambre pour les soigneurs. Les nouvelles volières seront plantées de bambous et de graminées sauvages. A la fin de la présente saison d'élevage, les cinq volières existantes auront été reconstruites. Chacune d'entre elles mesurent 30 m par 4.5 m. Il est prévu de créer quatre volières de plus grandes dimensions en y incorporant les idées et aménagements suggérés au cours des dernières années par Laurent Fontaine, Zhang Jing, Alain Hennache, Bernard Giboin et John Corder.
Réunion dans une des nouvelles volières, de gauche à droite:, Feng Xu, Zuo Lin (Responsable de section), John Corder, Ma Hong (Soigneur) et Zhang Jing.
Sur la droite en arrière plan les ouvriers s'affairent à terminer la salle d'incubation, le local nourriture et la salle d'élevage des poussins.
Deux nouvelles volières pour les lophophores à Fengtongzhai

    Après avoir quitté Feng Tong Zhai, John Corder et Zhang Jing ont pu passer une soirée à Ya'an avec M. Dong Wei, le directeur Général de la Réserve de Feng Tong Zhai. En 2010 il avait participé au Séminaire du W.P.A. sur les faisans à Chengdu et ceci l'a évidemment conduit à décider d'améliorer les installations d'élevage des lophophores de Lhuys dans sa Réserve de même que la mise en œuvre de recherches de terrain sur le comportement de l'espèce. Ils ont eu des discussions détaillées quant à la reconstruction des anciennes volières ainsi que concernant leur programme d'élevage. Ils ont également le projet de récupérer des oiseaux sauvages pour élargir le pool génétique de leur groupe d'oiseaux captifs. Finalement le Département des Forêts du Sichuan a travaillé en étroite collaboration avec le WWF Chine pour réaliser une vidéo pour la TV Chinoise sur le lophophore de Lhuys. Une bonne partie de cette vidéo est visible sur le DVD W.P.A. vendu l'année dernière. L'implication du W.P.A. pour de meilleurs programmes d'élevage et une intensification des recherches de terrains y sont mentionnées favorablement.


Copyright © 2011 - 2015. Tous droits réservés.
ce site est réalisé par les membres de la W.P.A. France
un grand nombre de pages sont libres d'accès par contre les pages concernant la vie de l'association
ou l'organisation de programme de conservation par des groupes spécialisés sont réservées aux utilisateurs munis d'un code d'accès
ce code est délivré exclusivement par le Gestionnaire des adhésions de notre association il est strictement personnel.

mise en place , webmasters Christophe AUZOU et Pascal Wohlgemuth, wpa-france@orange.fr
à l'aide du logiciel TOWeb 3
hébergeur Hosteur.com